Veistroffer, Vercouillie, Molly, De Bondt… ces baroudeurs qui ne manquent pas d’audace (STATS)

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Des coureurs qui n'hésitent pas à prendre l'échappée
De Victor Vercouillie à Baptiste Veistroffer en passant par Kenny Molly : les rois de l’échappée sont de plus en plus audacieux.

La récente victoire sur la deuxième étape du Tour d’Oman de Baptiste Veistroffer a déclenché une vague d’enthousiasme auprès de la communauté cycliste comme on en voit rarement. Et on comprend pourquoi ! Le coureur français de chez Lotto – Intermarché a faussé compagnie au peloton dès le baissé de drapeau, soit au kilomètre zéro, en compagnie de quatre autres courageux : 192 kilomètres passés en tête, à écraser les pédales, dont les 12 derniers en solitaire, avec au bout du suspense la victoire d’étape et, cerise sur le gâteau, le maillot de leader provisoire au classement général de l’épreuve ! Un authentique exploit.

Ce genre de tour de force, tous les cyclistes en ont rêvé. Certains l’ont tenté. Peu l’ont réussi. Au sein du peloton professionnel, ils sont pourtant plusieurs de ces poètes de la route à ne jamais cessé d’y croire et, surtout, à régulièrement s’engouffrer dans les bons coups. Ou, du moins, ceux qui animeront la course, à défaut d’accrocher la victoire. Pourquoi ? Le fun. Le goût pour l’audace. La gloire de ce sport. Pour les uns, c’est du panache ; pour les autres, de l’inconscience.

En douze jours de course en ligne, Baptiste Veistroffer en est ainsi à quatre échappées au long cours : un jour sur trois à l’avant ! Et à chaque fois, le Français a pris la poudre d’escampette avant le trentième kilomètre de course : de quoi totaliser 672 kilomètres à l’avant de la course depuis le début de l’année (sur 1823 km parcourus chronos compris, soit 36 %). Enorme. C’est bien simple, aucun coureur n’a fait mieux depuis début janvier. « J’ai besoin de créer de la charge, de l’intensité », a-t-il expliqué à L’Equipe.

2.400 bornes devant

En 2025, déjà, le coureur de chez Lotto avait multiplié les tentatives : 14 échappées sur 60 jours de course en ligne, pour 1.997 kilomètres passés devant le peloton (sur un total de 10.007 km chronos compris, soit 20%). Seuls trois coureurs avaient fait mieux. Dont le Belge Victor Vercouillie.

Le coureur du Team Flanders – Bâloise avait totalisé l’année dernière 2.403 bornes en échappée ! Sur un total parcouru de 10.127 kilomètres en 2025, cela avait représenté 24% de sa saison. On l’avait notamment vu à l’avant de la course sur l’Omloop Het Nieuwsblad, Gand – Wevelgem in Flanders Field et le Tour des Flandres. Cette année, on a déjà pu voir le Belge en action sur l’Etoile de Bessèges, où il ne lui aura manqué que 500 mètres pour empocher la première étape, après une échappée de 77 kilomètres. Offensif dans l’âme, le natif de Courtrai avait ainsi remporté le titre symbolique du coureur ayant le plus attaqué la saison dernière. Il avait devancé le Français Bruno Armirail (2170 kilomètres), tandis que l’Italien Manuele Tarozzi (2000 kilomètres) avait complété le podium, juste devant Baptiste Veistroffer.

Manuele Tarozzi
L’Italien Manuele Tarozzi est du genre à avoir la bougeotte…

Le remuant coureur de la CSF Bardiani – Faisanè avait notamment pris l’échappée à sept reprises sur le seul Giro 2025 (797km à l’avant, soit 23% du parcours !). En 2024, déjà, il avait totalisé 1962 kilomètres à l’avant de la course. Sur un total de 11.063 bornes parcourues sur cette saison-là (18%). Personne n’avait fait mieux.

Une spécialité belge

Fortement représentée au sein du peloton professionnel, la Belgique fait naturellement partie des nations les plus offensives. Outre Victor Vercouillie, un autre coureur issu de la division continentale s’est fait un nom dans l’exercice qui consiste à prendre ce qu’on appelait autrefois « l’échappée matinale » : Kenny Molly. Sur ses trois premiers jours de course en 2026, le coureur de Van Rysel – Roubaix est déjà parti deux fois à l’offensive : sur le Gran Premio Castellon (140 kilomètres à l’avant) et sur Grand-Prix de la Marseillaise (85 kilomètres en échappée). Depuis le début de sa saisons, Kenny Molly a ainsi passé 47% de ses courses devant le peloton ! Véritable attaquant de nature, le natif d’Izegem avait tenté l’échappée à douze reprises en 2025 sur un total de 57 jours de course chronos compris : 1.735 bornes sur un total de 9.284 kilomètres parcourus tout au long de la saison (19%).

Autre exemple du genre : Dries De Bondt, aujourd’hui chez Jayco – AlUla. En 2025, le flandrien a passé 1855 kilomètres à l’avant (14%). C’est juste un tout petit moins que l’année précédente, où il était resté 1903 bornes à narguer le peloton (16%). En 2023, il avait totalisé là encore 1651 kilomètres en échappée (14%) : un vrai spécialiste du genre qui, cette saison, est déjà parti deux fois à l’offensive (241 kilomètres en tout) sur les cinq jours de course que comptait l’AlUla Tour (30%).

Dries De Bondt
Le Belge Dries De Bondt, un autre spécialiste de la prise d’échappée.

Dans un passé récent, des Ceriel Desal (ex-Bingoal – Wallonie-Bruxelles, aujourd’hui passé chez Soudal – Quick-Step) et autres Johan Meens (ex-Wagner Bazin – WB, aujourd’hui sans contrat professionnel) ont eux aussi souvent montré le maillot à l’avant des courses.

Se montrer, et surtout gagner

Mais la Belgique est loin d’être seule dans le cas. Des coureurs de toutes origines s’illustrent désormais régulièrement dans la bataille pour les échappées. Et certains, sans nécessairement partir à l’offensive dès que les drapeaux du départ se couchent, parviennent à concrétiser assez régulièrement. L’exemple récent le plus marquant est sans doute le Norvégien Jonas Abrahamsen. Véritable force de la nature, le viking de chez Uno-X Mobility a tenté 8 fois en 2025… et signé 2 victoires à ces occasions (dont la fameuse étape de Toulouse sur le Tour de France) ! Au service de son leader la plupart du temps, l’Espagnol Marc Soler parvient lui aussi à régulièrement concrétiser lorsque son équipe UAE Team Emirates – XRG lui en donne l’occasion : la saison dernière, il a gagné sur le Tour d’Espagne après avoir tenté sa chance à plusieurs reprises.

Aujourd’hui à le retraite, on se souvient que le Belge Thomas De Gendt s’était mué en véritable spécialiste de l’audace payante, avec des succès de légende sur le Stelvio (Giro 2012) et le Ventoux (Tour 2016) notamment. Son flair autant que ses jambes de feu lui avaient conféré le surnom de « Breakaway King ». Avec les Veistroffer, Vercouillie et autre Molly, sûr que l’ancien coureur de chez Lotto possède quelques dignes héritiers à l’étoffe de baroudeurs au sein du peloton professionnel actuel. Des exceptions dans un cyclisme de plus en plus robotisé. Des bouchées d’air frais, de panache et un peu aussi d’inconscience.

Les coureurs les plus offensifs par saison (*) :
ANNEECOUREURKILOMETRES
2026Baptiste Veistroffer
(Lotto – Intermarché)
672 (en cours)
2025Victor Vercouillie
(Team Flanders – Bâloise)
2.403
2024Manuele Tarozzi
(CSF Bardiani – Faizanè)
1.962
2023Mattia Bais
(EOLO – Kometa)
1.703
2022Pierre Rolland
(B&B Hôtels – KTM)
1.751
2021Taco Van der Hoorn
(Intermarché – Wanty – Gobert)
1.562
2020Rémi Cavagna
(Deceunink – Quick-Step)
1.368

(*) Toutes les statistiques citées dans cet article sont tirées (ou ont été calculées sur base) du site de référence en la matière ProCyclingStats.


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