
Huit équipes ! Pas moins de huit équipes avaient quitté de concert la course au beau milieu de l’édition précédente, en 2025. Parmi elles, 6 équipes de niveau World Tour, dont celle du leader de la course, Paul Magnier, la Soudal – Quick Step. Ajoutez y Red Bull – BORA – Hangrohe, INEOS Grenadiers, Lidl – Trek ou Decathlon – AG23… Que du lourd ! L’Etoile de Bessèges avait connu cet hiver-là une véritable sédition des plus hauts gradés du peloton. Mais pourquoi ?
Des voitures sur la course
Le point de bascule avait été le 7 février. Un an. Ce vendredi-là, jour de troisième étape de l’édition 2025, le peloton s’était retrouvé nez à nez dans un rond point avec une voiture égarée. C’était déjà la deuxième fois qu’un tel incident survenait après l’étape de la veille, lorsqu’une voiture ayant forcé deux barrages de signaleurs s’était retrouvée à contre-sens des coureurs et avait alors fait chuter le Belge Maxim Van Gils, contraint à l’abandon.
« Notre équipe est une parmi d’autres qui ont décidé de se retirer (…) après plusieurs incidents impliquant des véhicules motorisés non autorisés sur le parcours. C’est inacceptable« , avait justifié l’équipe du leader Paul Magnier au moment d’annoncer son retrait de la compétition. « Compte tenu des conditions n’assurant pas la totale sécurité de nos coureurs, l’équipe a décidé, comme la quasi-totalité des autres équipes World Tour présentes, de se retirer de l’étape du jour« , avait de son côté informé l’équipe Decathlon-AG2R.
Sécurité et respect
Au soir de ce retrait collectif, le directeur de la course avait naturellement fait grise mine. Et sans éluder les « loupés » apparus durant les deux jours de course, Patrick Herse avait déclaré à France Bleue : « Les coureurs avaient déjà l’intention de s’arrêter, car la météo est exécrable. Aujourd’hui, les jeunes sont un peu trop couvés, ils se prennent pour des superstars, c’est un peu dommage ». Le directeur de la compétition avait ajouté y voir « un manque de soutien et de respect total » avant d’annoncer l’intention de l’organisation de ne pas réinviter en 2026 les équipes ayant claqué la porte.
On se souvient que, à l’inverse, et au milieu de l’imbroglio qu’avait engendré la grève spontanée des coureurs sur la troisième étape, un coureur comme Arnaud De Lie avait tenu à aller au bout de la compétition, pour le respect des organisateurs précisément, avait raconté son frère, Axel De Lie, dans Le Petit Plateau. Le Taureau de Lescheret avait alors suivi un groupe d’une vingtaine de coureurs bien décidés à rallier l’arrivée sans attendre qu’une décision officielle soit prise sur l’arrêt ou la poursuite de la course, tandis que de nombreux autres, dont la quasi totalité de coéquipiers de De Lie, patientaient auprès des voitures en attendant de ce type d’infos.
Deux jours plus tard, au sommet de l’Ermitage surplombant la ville d’Alès, ils n’étaient que 52 à franchir la ligne de cette dernière étape, le Français Kevin Vauquelin remportant le contre-la-montre et s’offrant au passage la victoire au classement général.
La nécessité de se réinventer
L’édition 2026 a naturellement souffert de ce couac sécuritaire subi l’année dernière. Au lieu de 21 équipes au départ, dont 10 de rang WT, ce qui était plutôt appréciable pour une épreuve de catgéorie 2.1. comme l’Etoile de Bessèges, la startlist n’en comptait cette année plus que 16, dont seulement 4 équipes WT. Et une startlist que d’aucun ont décrié avant le départ, estimant qu’on avait là sans doute la pire liste de partants depuis des années. Vraiment ?
L’organisation de la course a pourtant pris le soin de renforcer ses normes de sécurité, en gonflant notamment le nombre de motos (+25%) au sein de l’escorte de sécurité. Avec le soutien de la préfecture du Gard, elle a également doublé le temps de fermeture des routes avant le passage des coureurs et les communes traversées ont été sollicitées par trouver des signaleurs bénévoles.
En résumé, « il y a moins de coureurs, moins de véhicules, des bulles de course plus courtes, et donc moins de tensions pour le public« , confiait avant le départ la présidente du comité organisateur de l’épreuve, Claudine Fangille, dans Ouest-France. De quoi ravir les coureurs : « Ils sont contents du fonctionnement et voient la différence. Il ne faut pas dire qu’on a tout révolutionné. On a changé quelques petites choses, mais qui font la différence« , expliquait en milieu d’épreuve Romain Le Roux, au Midi Libre.
Une vitrine pour les plus modestes
Et sur le plan sportif ? La météo n’aura pas aidé les coureurs, mais ceux-ci ont réussi à s’exprimer. Et à se révéler. Bref, à se faire un nom. L’improbable puncheur belge Tom Crabbe du Team Flanders – Bâloise (équipe PT menacée de disparition en fin de saison) le premier jour (et après un sacré numéro de son coéquipier Victor Vercouillie), le Luxembourgeois de chez Lotto – Intermarché Mathieu Kockelmann lors de la deuxième étape, le jeune sprinter allemand Henri Uhlig de chez Alpecin – Premier Tech sur l’étape annoncée comme reine de l’épreuve ou encore Joppe Heremans le quatrième jour : le Belge de la très remuante Van Rysel – Roubaix offrait alors un important succès à cette équipe continentale à l’attaque tous les jours avec notamment Léandre Hucke et Arnaud Tendon, sans parler de Louis Hardouin qui a longtemps lutté pour une place sur le podium final.
On a finalement peu vu les équipes WT présentes sur la course avant le chrono final. Un peu comme si les équipe traditionnellement invitées sur les courses pour animer les longues portions avant l’emballage final s’occupaient elles-mêmes de jouer la gagne. Et ce tous les jours ! Or, l’Etoile de Bessèges, l’une des courses dites d’ouverture, bénéficie de l’une des plus fortes médiatisations parmi celles de sa catégorie. Une véritable opportunité pour ces équipes et coureurs plus modestes.
Au bout du bout, les équipes du WT auront tout de même réussi à glisser six hommes dans le top 10, à la faveur du contre-la-montre de l’Ermitage. Vainqueur du chrono, Ewen Costiou aura donc enlevé cette 56e édition de l’Etoile de Bessèges devant sont jeune coéquipier Maxime Decomble et l’un des grands favoris de l’épreuve Paul Lapeira, respectivement troisième et deuxième. Trois coureurs WorldTour. Un podium intéressant pour les organisateurs. Mais dans cette édition marquée par l’éclat des équipes ProTeam et continentales, on relèvera aussi la belle 4e place de Niklas Larsen (de Unibet Rose Rockets) ou encore la 19e place de Léandre Lozouet (de la CIC Pro Academy), premier « représentant » des équipes continentales.
Et si au final, c’est vers ça que devrait se reconvertir désormais l’Etoile de Bessèges ? Plus qu’une course de rentrée, une vitrine pour les plus modestes, mais un classement général pour les géants qui acceptent de jouer le jeu ?
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